Rumeurs à Gallichan

Jouissant d'une situation géographique fort avantageuse au centre de quatre municipalités regroupant 3 200 habitants, le village de Gallichan, en Abitibi-Ouest, est traversé, du nord au sud, par la rivière Duparquet qui relie le lac du même nom au lac Abitibi, cette mer intérieure à cheval sur le Québec et l'Ontario, à l'origine d'un microclimat dont bénéficient les cinq entreprises agricoles locales. De 715 qu'elle était en 1960, la population de Gallichan est passée à 480 en 2004, une diminution de plus de 30 % qui n'affecte en rien le dynamisme local. À preuve, le Café des Rumeurs.

À la fin des années cinquante, un débosseleur de La Sarre se construit un chalet sur les rives du lac Abitibi, dans les limites de la municipalité de Gallichan. Un jour, se baignant, il s'inflige une blessure sur ce qui s'avérera être une pointe de flèche. Débute alors une dévorante passion qui, au cours des vingt années suivantes, lui fera fouiller, souvent seul, parfois avec sa fille, les berges de la rivière Duparquet et du Lac Abitibi à la recherche de précieux artéfacts témoins de l'occupation du territoire par les Algonquins Abitibiwinni. Cette quête passionnée permet à Joseph Bérubé de constituer une collection de quelques milliers d'objets.

En 1999, la municipalité de Gallichan acquiert le presbytère local inhabité depuis une bonne vingtaine d'années. Son but? Y loger la collection archéologique qui, depuis le décès de Joseph Bérubé en 1980, est passée, avec plus ou moins de bonheur, en plusieurs mains. Juché sur une colline, le bâtiment offre une vue imprenable sur la rivière Duparquet et sur l'île où François Gallichan installa jadis la première scierie locale. Les autorités municipales remettent la bâtisse à la Corporation de développement et lui confient le mandat de mettre en valeur l'abondante collection. Sous la direction d'Émilien Larochelle, un jeune retraité de l'éducation, la Corporation accepte ce mandat convaincue qu'elle pourra le concilier avec l'objectif premier qu'elle s'est d'ores et déjà fixé de doter le village d'un lieu de rencontre facilement accessible.

Le projet initial de la Corporation comporte plusieurs volets: l'agrandissement et la transformation du presbytère en un café restaurant; la construction d'un gazébo et d'une marina à proximité du café. Plus tard, viendront s'ajouter un parc pour les enfants et des sentiers. Les travaux débutent en juillet 2003 et se poursuivent en 2004. Le projet est financé par le programme Renouveau villageois, la Caisse populaire Desjardins du sud de l'Abitibi-Ouest, la commission sur la ruralité, le fonds environnemental Tembec et, bien sûr, la municipalité. On estime que l'ensemble du projet, quand il sera complété, représentera un investissement d'environ 250 000 $.

L'ouverture officielle du café restaurant a lieu le 20 juin 2004. Depuis, c'est souvent plus d'une centaine de personnes qui s'y retrouvent pour le brunch du dimanche. On compte bientôt y proposer un menu plus élaboré comportant des recettes à base de produits régionaux.

Ce café restaurant, il convenait, bien sûr, de lui trouver un nom. C'est à Jacques Baril, l'agent de développement d'alors, que revient l'honneur d'avoir suggéré l'appellation à laquelle tous se rallient: Le Café des rumeurs. Pourquoi? " Parce que de nombreuses rumeurs circulent en milieu rural. Parce qu'un café, à l'instar du magasin général d'autrefois, est un lieu de rencontre propice à l'éclosion et à la diffusion des rumeurs. Enfin, parce que le va-et-vient incessant de Joseph Bérubé soulevait, à l'époque, son lot de rumeurs."

Le maire de Gallichan, Jean-Noël Rivard, se dit très heureux de la tournure des événements depuis l'ouverture du café restaurant: " On vend des terrains comme jamais auparavant. On n'est pas une municipalité qui stagne." Jacques Baril estime, quant à lui, qu'" il y a ici un dynamisme comme on n'en a pas vu depuis longtemps." Et Sylvie Branconnier, un membre de la Corporation de développement, constate, enfin, que le Café des rumeurs crée un achalandage dont bénéficie sa toute nouvelle clinique de massothérapie.

Tout cela est bien, me direz-vous, mais qu'en est-il de la mise en valeur de la collection de Joseph Bérubé? J'ai bien envie de vous laisser le soin de le découvrir par vous-même à l'occasion de votre prochaine visite à Gallichan. Mais, bon... Imaginez que le dessus de toutes les tables du restaurant est constitué d'une vitre surplombant un compartiment dans lequel pointes de flèches, pipes, pièces de poterie, grattoirs, perles, haches, rasoirs, etc. reposent sur un lit de sable blanc à quelques centimètres à peine de l'assiette du visiteur, le tout accompagné de petites fiches d'information. Gageons que Joseph Bérubé lui-même n'aurait pas espéré mieux pour faire connaître sa collection.

Source: LE TROTTEUR Volume 8, numéro 1, juin 2005, Droits réservés.

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