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L’État que nous voulons, un colloque nécessaire organisé par le syndicat de la fonction publique du Québec

Remise en question de l'État-providence

L'État que nous voulons

L'État que nous voulons

Le Syndicat de la fonction publique du Québec est réuni en colloque au Centre des congrès de Québec ces 13, 14 et 15 juin 2007. Le thème est L’État que nous voulons, à propos de l’état et des finances publiques. La Vie Rurale était présente pour tâter le pouls des participants, pour la plupart des fonctionnaires de l’état. La fonction publique se remet beaucoup en question ces temps-ci avec la monté de la droite politique au Québec. Plutôt que de s’en plaindre, crier à l’injustice ou pleurer dans leur coins, les syndiqués de l’état se questionnent, analyse le phénomène, pèsent le pour et le contre du modèle bureaucratique québécois et les alternatives proposées de partout. C’est tout à leur honneur que d’aborder un thème aussi sensible qui semblait déranger certains participants. Toutefois, la plupart de ceux-ci acceptent de faire une remise en question du modèle québécois tout en préparant la riposte argumentaire des tenants de Québec lucide. Force m’est d’admettre que Lucien Bouchard et cie auront à argumenter serré devant la logique et la solidité des arguments débattus dans ce colloque.

J’ai choisi trois conférences durant la journée du 14 juin. Tout d’abord il y a eu La fonction publique et l’État Keynésien de Paul-André Lapointe, directeur du département des relations industrielles de l’Université Laval, L’État Néolibéral de Dorval Brunelle, professeur au département de sociologie de l’UQAM et Le choc démographique de Martine Poulin chercheure à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal.

La journée débute par une malchance. Problème technique. Les animateurs du colloque, deux comédiens, rattrapent le temps perdu afin de respecter l’horaire. Place aux conférenciers.

La première conférence qui devait débuter à 9h a débuté avec 30 minutes de retard, ce qui a obligé Paul-André Lapointe à abréger sa conférence , La fonction publique et l’État Keynésien, ainsi que la période de questions au grand déplaisir des participants. Monsieur Lapointe a parlé de la bureaucratie québécoise sous un angle historique et sociologique. Il a rappelé que notre fonction publique avant la révolution tranquille était anémique. Puis, au tournant des années 60 nous avons instauré le système bureaucratique que l’on connaît et qui s’inspire du sociologue de la fin du XIXe siècle Max Weber. Ce dernier élabora la théorie du modèle bureaucratique basé sur la loi, les règles et procédures. Notre modèle et sa sécurité d’emploi garantit l’indépendance du politique. La fonction publique est de ce fait la représentante de la démocratie en place et, supposément, apolitique. Ce qui bien sûr n’est pas le cas sur le plan individuel. Auparavant, ce type d’emploi représentait une carrière attirante et prestigieuse. Sa notoriété et son prestige fondent au même rythme que ceux des politiciens. Ce qui a nuit à notre fonction publique (aux fonctionnaires de l’état) bureaucratique c’est le repli sur soi, l’isolement de la société. Ceux qui décident ne connaissent pas directement les problèmes qu’ils ont à trancher. Ceux qui sont sur le terrain connaissent les problèmes mais n’ont pas le pouvoir de trancher et de décider, ils appliquent. D’où une perception de plus en plus négative de cette bureaucratie par la population. La période des questions fut très brèves, malheureusement car il était évident que Monsieur Lapointe avait encore beaucoup de choses pertinentes à dire. Sa présentation Powerpoint bien faite était peut-être à l’origine du problème technique, mais elle avait l’avantage de permettre une visualisation rapide des enjeux décrits.

Vers 10h30, Monsieur Dorval Brunelle, professeur au département de sociologie de l’UQAM, est venu parler de ce qu’est l’État néolibéral. Beaucoup moins structuré que Monsieur Lapointe, il n’en était pas moins intéressant car c’est le cœur et la passion qui parlaient, palliant pour le manque d’organisation de l’exposé. Tout d’abord, Monsieur Brunelle venait d’apprendre qu’il perdait ses subventions provinciales cette année. Mauvaise journée, montée de lait tout à fait justifiée. Puis, le cœur de la conférence. L’État, c’est l’établissement de puissance et le néolibéralisme la relation du marché avec la société. Tout est fait pour faciliter l’intégration au marché. Ça on savait. Ensuite, description humoristique du fonctionnement d’un cerveau libéral (pas le parti mais le modèle économique) qui part du principe d’égalité sans tenir compte des inégalités réelles sur le terrain. Un idéalisme qui provoque toujours plus d’inégalités. Puis, une très longue période de questions s’en est suivie dont la plus remarquée venait d’une invitée politique : Françoise David de Québec Solidaire. Cette dernière demanda à Monsieur Brunelle s’il savait quels seraient les sujets discutés au sommet de l’ALENA au Château Montebello en août entre Stephen Harper, George W. Bush et Felipe Calderon ( Lire : http://www.la-vie-rurale.ca/articles/actualites/george-w-bush-en-outaouais-au-mois-d-aout ). Monsieur Brunelle n’en savait pas plus que le citoyen ordinaire semble-t-il. Mme David en a profité pour tenter de se faire un peu de capital politique et a invité les gens à aller manifester leur désaccord face à ce manque de transparence. Les syndiqués de la fonction publique en août, il pourrait bien y en avoir de disponibles. Tentative valable mais un peu maladroite car hors sujet. Nous parlons de la fonction publique du Québec et nous allons jouer dans la cour fédérale, est-ce bien la bonne tribune? Il n’y avait pas d’enthousiasme débordant face à cette proposition.

En après-midi, je suis allé à une conférence qui m’intéressait au plus haut point Le choc démographique de Martine Poulin de l’Université de Montréal. Conférence qui intéressait François David, également, assise à côté de moi. Le but de la conférence était de briser certaines idées reçus par la logique et la statistique. Édifiant et des plus pertinent. Mme Poulin critique Québec Lucide chiffres à l’appui. Non pas que Québec Lucide n’envoie pas de mise en garde pertinente, mais son ton est beaucoup trop alarmiste. De plus, les auteurs de l’ouvrage devraient admettre qu’il ne représente pas nécessairement la réalité de demain. Le choc démographique il n’y en aura pas. La population diminuera légèrement et très progressivement à partir de 2031. Tout peut changer si le boom des naissances se poursuit comme en 2005 et 2006. Comme quoi, tout modèle prévisionnel peut se modifier en cours de route et il semble que ce ne soit pas si mal pour le Québec. On a trente ans pour s’adapter à une décroissance progressive probable. C’est loin de la catastrophe assurée. Une statistique qui m’a choqué et qui n’a pas trop fait réagir les gens. En 2005, 25% de la population québécoise âgée entre 20 ans et 64 ans ne travaille pas. On ne parle pas ici du taux de chômage. C’est comme ça depuis au moins 25 ans. Malgré ça, on nous casse les oreilles avait des problèmes de pénurie de mains d’œuvres. Faux dit Mme Poulin puisque outre des cas bien spécifiques, en général, c’est que la pile de CV est moins volumineuse qu’avant. Il faut juste avoir des critères plus réalistes. Les critères actuels servaient à départager les centaines de postulants pour un poste dans les années 80 et 90. Les revenus de l’état vont diminuer drastiquement. Rien ne prouve l’imminence d’une telle chose. Taxes, impôts et transferts fédéraux (sur ce dernier point on ne sais rien toutefois) vont continuer même pour les babyboomers retraités. Pas plus d’explosion des dépenses dues à la retraite de ces privilégiés puisque la hausse du taux de cotisation à partir de 1996 permet une réserve qui ne sera épuisée qu’en 2051, année ou très peu de babyboomers auront encore besoin de leurs rentes. La réserve actuelle leur est destinée. Pour la génération X et les suivantes, leur régime de retraite fonctionnera puisque la réserve aura permis de ne pas toucher à leur fond de pension. Intéressant. On est loin du discours ambiant. Quant aux dépenses en santé, elles ne sont pas dues au vieillissement de la population mais à l’augmentation du coût des médicaments et aux nouvelles pratiques médicales plus chères. L’augmentation de l’espérance de vie et d’une vie de qualité a un coût. C’est ça l’explosion des coûts de santé. Certes il y aura un pourcentage plus élevé de gens âgés dans l’avenir. Et alors, ces gens vont continuer à contribuer envers la société. Les boomers sont plus riches que leurs parents. Alors pourquoi ce discours ambiant si pessimiste et alarmiste. À qui le crime paie-t-il? Aux institutions financières. Plus vous aurez peur, plus vous investirez dans vos REER, placements, immobiliers et les prêts qui vont avec etc. Surtout lorsque certaines publicités vous font croire que vous vivrez jusqu’à cent ans et que vous devrez prévoir vos avoirs en conséquence. Or l’espérance de vie moyenne actuelle est de 80 ans et rien n’indique que cela devrait dépasser 81 ou 82 ans d’ici 2050 dans l’état actuel de la science. Il ne vous sert à rien de mourir à 80 ans avec des placements à n’en plus finir. Gâtez-vous un peu. Conclusion, pas de choc démographique ni de catastrophe appréhendée. Je vous rappelle que les banques font des profits par milliards. Après les REER et autres placements retraites, prêts et crédits risquent d’être les grands marchés de l’avenir. Une tendance lourde se profile déjà.

Très intéressant. Contestable, certes, il y a un parti pris dans le thème du colloque et dans toutes les conférences auxquelles j’ai assisté. Mme Poulin a le mérite de ramer à contrecourant de manière magistrale contre Québec Lucide. Son discours mériterait d’être mieux connu et débattu dans le cadre d’émissions d’affaires publiques.

L’État que nous voulons est un colloque qui provoque le choc des idées. Une remise en question de la fonction publique et de notre modèle bureaucratique est nécessaire. Cette remise en question vient de l’interne et c’est très sain, très rassurant pour les payeurs de taxes que nous sommes. Le choix du thème du colloque est très pertinent et les conférenciers, pour ceux que j’ai eu la chance d’entendre, ont des choses intéressantes et dérangeantes à dire sur le sujet. À n’en pas douter, il y a du changement positif dans l’air. Reste à savoir si cela se concrétisera au niveau de l’usager et des bénéficiaires de services que nous sommes.

Les participants du colloque auront droit à d’autres conférences demain dont celle de l’ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau. On peut voir la tendance souverainiste et de gauche dans le choix des intervenants, mais c’est de bonne guerre. La gauche québécoise et les souverainistes doivent se refaire une santé, développer des stratégies. Quelle meilleure façon que de le faire avec les artisans de l’État-Providence? Je n’en vois pas beaucoup d’autres.

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