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Au final, ce sont les étudiants qui paieront

Opinion

Augmenter les frais de scolarité va éponger, en partie, le déficit des universités québécoises. Certes, voilà une solution. Mais, est-ce la seule, semble se questionner la ministre de l’éducation Line Beauchamp? Pour la ministre interrogée par Le Soleil, il est clair que les étudiants ne doivent pas être les seuls à faire leur part pour éponger le déficit et financer le réseau des universités québécoises. Mais où puiser alors? La ministre croit que les entreprises et les institutions d’enseignement doivent faire leur bout de chemin afin de boucler le budget des universités.

Lors des Rencontres des partenaires en éducation, sous la présidence des ministres de l’Éducation et des Finances, tous les intervenants principaux du secteur des universités du Québec, ils seront une centaine, discuteront de financement ce lundi. Au cœur des solutions financières proposées trône la hausse des frais de scolarité. Cette solution met en colère les associations étudiantes. Les étudiants ont l’impression d’être seuls à payer pour équilibrer le budget des universités. Pour que la pilule passe mieux, la ministre Line Beauchamp a affirmé au journal Le Soleil que les universités devront prendre des engagements en matière de performance et de redditions de comptes. Une reddition, c’est le fait de présenter, pour vérification, l’état des biens d’autrui qu’on a administrés, nous apprend le Petit Robert. «Il y a une majorité de partenaires autour de la table qui seront très attentifs aux engagements que prendront les universités sur ce à quoi doivent servir les montants supplémentaires qu'elles réclament. On sera exigeant face au monde universitaire. Si on doit mettre plus d'argent dans les universités, comment les universités vont me démontrer qu'elles ont utilisé les sommes pour leurs engagements?» s’est questionnée la ministre.

Du côté des recteurs des universités, on estime avoir fait un bout de chemin depuis un certain temps déjà. En partant de ce point de vue, rien de nouveau ne devrait être proposé de leur côté en matière de reddition de comptes et d’amélioration de la performance. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a de plus fait une évaluation du manque à gagner pour administrer correctement le réseau universitaire québécois. Il y manquerait 620 millions pour la seule année 2007-2008, histoire d’être à niveau avec les universités des autres provinces. Ces chiffres, publiés dans un communiqué en date du 2 décembre, sont accueillis avec un certain scepticisme par la ministre. «Il y a toujours eu des écarts entre les évaluations avancées par la CREPUQ et les analyses faites par les ministères de l'Éducation et des Finances. Les universités devront démontrer quels sont leurs besoins réels pour assurer la qualité des diplômes universitaires au Québec», a-t-elle affirmé au journal Le Soleil.

La CREPUQ réclamait cette semaine une hausse des frais de scolarité de 500$ par année pour les trois prochaines années, ce qui ferait une augmentation totale de 1500$. Les entreprises, les universités et les fondations auront beau faire leur part, les étudiants peuvent d’ores et déjà commencer à mettre de l’argent de côté pour leurs études universitaires. Parions-nous qu’au final, ce seront les étudiants qui paieront?

Je suis pessimiste? Pas tant que ça, voyez ce qui s’en vient, c’est l’Agence QMI qui a fait des comparaisons dans un article sur la CREPUQ.

Le ministre Raymond Bachand annonçait que les étudiants allaient payer 2168$ par année à compter de 2012. La CREPUQ suggère 3700$ en 2014-2015. Ailleurs au pays les étudiants universitaires paient 5000$ par année. Le calcul est simple, le manquer à gagner provient des frais de scolarité, selon la démonstration.

Lorsque l’Agence QMI fait remarquer à Denis Brière, président de la CREPUQ qu’il est paradoxal de dénoncer le sous-financement des universités d’un côté et de voir des bonis faramineux et des augmentations de salaire importantes à certains grands dirigeants d’université, monsieur Brière admet que des erreurs sont commises. «Il y a certaines aberrations qui se produisent, et nous devons vivre avec les conséquences de ces décisions, mais toutes ces histoires n’ont rien à voir avec le sous-financement dont nous sommes victimes», a-t-il précisé à l’Agence QMI.

Qu’en est-il exactement? Voici les salaires de certains recteurs d’universités québécoises dont les chiffres ont été publiés dans le Journal de Montréal le 6 novembre 2009 sauf pour l’Université de Montréal où les chiffres proviennent d’un article sur le réseau Argent (Canoë) du 1er novembre 2010 :

- Guy Breton, Université de Montréal : 365 000$

- Heather Munroe-Blum, Université McGill : 358 000$

- Judith Woodswoorth, Université Concordia : 350 000$

- Bruno-Marie Béchard, Université de Sherbrooke : 278 327$

- Denis Brière, Université Laval : 270 000$

- Claude Corbo, Université du Québec à Montréal : 176 871$

Le salaire des recteurs, ailleurs au Canada, est toutefois plus élevé qu’au Québec règle générale. À titre d’exemples :

- Stephen Toope, Université de Colombie-Britannique : 579 936,79$

- Allan Rock, Université d’Ottawa : 395 000$

Je ne dis pas que ces hauts dirigeants ne méritent pas ces honoraires. Mais, lorsque la CREPUQ sera à la Rencontre des partenaires en éducation et qu’ils parleront de sous-financement des universités, les comparaisons pourraient ressurgir. Pourquoi un recteur d’université est-il payé plus cher qu’un premier ministre provincial?

Au chapitre des comparaisons salariales entre dirigeants d'université et politiciens (Chiffres du Journal de Montréal 3 avril 2009) :

- Jean Charest, premier ministre du Québec : 175 000$

- Un ministre : 149 429$

- Un député : 85 388 $

Lorsque la CREPUQ demande au gouvernement provincial plus d’argent pour financer le réseau universitaire et prévoit également une augmentation substantielle des frais de scolarité, le message provient de dirigeants presque tous payés plus chers que le premier ministre lui-même. Le messager part avec un préjugé défavorable. Il ne reste à espérer que tout cela n’empêchera pas l’exercice nécessaire de réflexion qui doit se faire pour mieux financer les universités québécoises qui, quoi qu’on en dise, accumulent les déficits afin de pouvoir demeurer compétitives sur le marché canadien.

Communiqué de la CREPUQ sur le manque à gagner de 620 millions de dollars : http://www.crepuq.qc.ca/spip.php?article1278&lang=fr

Blogue de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) qui dénonce la position de la CREPUQ : http://www.cadeul.ulaval.ca/blogue/officier/?p=149

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