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L'Estrie, comme région, pourrait assumer l'intégration de ses immigrants, si...

Le passage de la Commission Bouchard-Taylor à Sherbrooke a été l’occasion de réaliser à quel point les Estriens sont fiers de leurs immigrants et de l’accueil qu’ils leur réservent. Dans le cadre de cette commission qui fut parfois marquée par des propos durs à l’endroit des immigrants, cela faisait du bien à entendre, en plus de contribuer à défaire le mythe selon lequel il n’y a pas d’immigrants en dehors de Montréal. Toutefois, il ne faudrait pas que cet optimisme de bon aloi se transforme en un jovialisme malsain, car certaines difficultés liées à l’immigration que l’on retrouve à Montréal sont aussi vécues en Estrie, parfois elles sont même aggravées par son statut de « région non métropolitaine », et par conséquent une recherche de solution s’impose.

Par exemple, la francisation des nouveaux arrivants est aussi une problématique en Estrie. L’accès facile à des écoles post-secondaires anglophones et l’absence d’études universitaires anglophones au deuxième cycle dans la région obligent souvent les immigrants qui les ont fréquentées à quitter la région par manque de connaissance du français. On a qu’à penser également aux listes d’attente qui condamnent les immigrants de l’Estrie à attendre jusqu’à 4 mois avant de pouvoir suivre des cours de français. Évidemment, s’il est possible pour un immigrant de se débrouiller pendant quelques mois à Montréal sans parler français, la même chose n’est pas vrai en Estrie où il y a très peu de groupes d’immigrants d’une même origine assez populeux pour accueillir un des leurs dans sa langue. Comment alors expliquer ce délai de 4 mois? Et bien il s’agit tout simplement du temps nécessaire pour qu’un formulaire d’inscription aux cours de français soit envoyé de Sherbrooke à Montréal, puis traité par le Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles. D’ailleurs, il arrive qu’un tel formulaire soit alors traité par un fonctionnaire de Montréal originaire de l’Estrie qui a dû s’exiler en raison du manque d’emplois dans sa région d’origine… Quand on sait que cet exemple n’est pas fictif, on comprend que la centralisation excessive qui règne au Québec nuit grandement aux régions.

La solution est donc simple : il faut décentraliser les pouvoirs en matière d’intégration des immigrants et ainsi accélérer le processus de francisation en plus de créer des emplois payants en régions. La francisation et l’accès à l’emploi étant les clés de l’intégration, cela ne pourrait que contribuer à la rétention des immigrants à Sherbrooke. Bien sûr, il y aurait des résistances à décentraliser à la grandeur du Québec un domaine aussi important, et c’est pourquoi il convient peut-être d’envisager un projet pilote en Estrie. En effet, Sherbrooke ayant été la première ville fusionnée à se donner une politique d’intégration des immigrants qui, sans être parfaite à cause de son manque d’insistance sur la francisation, est néanmoins digne de ce nom, l’Estrie semble prête à relever ce défi. D’ailleurs, maintenant que la Commission Bouchard-Taylor a révélé à l’ensemble des Québécois, et particulièrement aux Montréalais, qu’en région aussi on sait accueillir les immigrants, il se pourrait bien que le gouvernement se décide enfin à nous faire confiance et qu’ainsi nous puissions faire de l’Estrie une terre encore plus accueillante.

Guillaume Rousseau est un étudiant au doctorat en droit à l’Université de Sherbrooke et membre de la Coalition pour un Québec des Régions.

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