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L'Apocalypse selon les conservateurs

Protocole de Kyoto

Les conservateurs à Ottawa sont fatigués d'entendre parler de réchauffement climatique et de Kyoto, fatigués d'entendre tous ces prophètes de malheurs qui annoncent que la planète se réchauffe. Plutôt que d'entendre le presque consensus scientifique mondial, les troupes de Stephen Harper plongent la tête dans le sable, font dans le négationnisme et jouent eux aussi les prophètes de malheur. Si on applique Kyoto au Canada, ce sera l'Apocalypse, surtout pour les familles moyennes. La prochaine offensive conservatrice sera-t-elle le retour du créationnisme dans nos écoles ?

C'est le très crédible ministre de l'environnement du gouvernement conservateur, John Baird, qui s'est transformé en St-Jean apôtre devant un comité sénatorial concernant le projet de loi sur le respect du Canada envers le Protocole de Kyoto. Brandissant sa version de la Bible, une nouvelle étude qui laisse entendre que l'atteinte des objectifs de Kyoto dans les délais va plonger le Canada dans une crise économique terrible. L'étude est écrite par les économistes Chris Green, de l'Université McGill, et Jean-Thomas Bernard, de l'Université Laval. On parle même de récession. Jean-Thomas Bernard prêche depuis plus de quinze ans l'augmentation des tarifs d'Hydro Québec de 15 à 30% pour être plus représentatifs du marché de l'énergie ( voir http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/1995/32/016.html ). Quant à Green, il affirme : « De nombreux écologistes prétendent que tous s'accordent à dire qu'il ne serait pas difficile de limiter suffisamment les émissions pour stabiliser le climat. Je pense que c'est une grave erreur [ … ] « Nous envoyons Pierre Lebeau promouvoir le Défi d'une tonne (pour réduire la consommation énergétique individuelle) », affirme Green. « Comment prendre cela au sérieux? Je n'en ai pas la moindre idée. ». Quelle condescendance envers tous ceux qui, comme moi, ont cru à ce défi d'une tonne et ont agi pour y parvenir. Comme des milliers de gens, j'y suis parvenu à ce défi et je compte bien améliorer ma performance. Je n'ai pas besoin ni envie d'entendre ce genre de commentaire décourageant et débilitant. Mais, pour ceux que ça intéresserait vraiment, lire d'autres propos pertinents de Green sur http://francais.mcgill.ca/headway/spring2006/indepth/.

Voici les exemples des horreurs qui vous attendent selon le ministre Baird et ses suppôts :

  • Le litre d'essence monterait à 1,60$ le litre. Horreur ! Pourtant en août 2005 il est monté à 1,50$ et nous ne sommes pas tombés en récession.
  • Les coûts de l'électricité et du gaz naturel vont monter. Pourquoi l'hydroélectricité monterait-elle ? Parce que Monsieur Bernard estime que ce serait plus réaliste ?
  • 300 000 emplois seront perdus. Combien perdrons-nous d'emplois où de vies si ça devient trop chaud sur terre ?

Tout cela est bien triste. Même si ce gouvernement sait que nous ne pouvons atteindre l'objectif de Kyoto à cause du laxisme des Libéraux dans les années 90, il pourrait être plus positif. Au lieu de cela, il fait tout pour jeter aux oubliettes Kyoto. C'est irresponsable d'agir ainsi. Je veux bien croire que le Nouveau gouvernement du Canada (nouveau est très théorique comme qualificatif dans son cas) est redevable aux pétrolières de l'Alberta, mais de là à faire campagne pour rejeter Kyoto et prendre les Canadiens pour des imbéciles, c'est triste.

De plus, ce que nos deux chercheurs semblent avoir omis de dire, ce sont les coûts économique liés au réchauffement de la planète. Des scientifiques, ici des économistes, ont souvent tendance à avoir l'esprit critique. Dans le cas de Green et Bernard, c'est plutôt de l'entêtement et un refus de voir la réalité telle qu'elle est. Il serait intéressant de connaître qui finance leurs recherches, et surtout l'étude brandie par Baird, pour s'assurer de leur objectivité scientifique. Et même si leur objectivité était prouvée hors de tout doute, il faut bien reconnaître que l'opinion de nos deux économistes est marginale. La plupart des autres recherches prouvent qu'il faudrait faire beaucoup plus que Kyoto pour éviter une catastrophe économique mondiale qui nous pend au bout du nez d'ici peu si rien ne change. Baird a choisi de brandir l'étude marginale.

Les réactions ne se font pas attendre, citoyens, groupes environnementaux et même grandes entreprises dénoncent cette mise en scène de peur envers la classe moyenne. Les familles moyennes paieront si nous devons atteindre les objectifs de Kyoto ? Il faudrait ajouter, tout le monde va payer si la planète se réchauffe.

Je ne crois pas en l'Apocalypse selon les Conservateurs. Je ne crois pas en l'Évangile selon Green et Bernard. Je crois en Kyoto et aux objectifs raisonnables qu'il fixe et qu'il faudrait, de loin, dépasser. C'est à nous, aux citoyens, à forcer ce gouvernement à tout faire pour être plus proactif et positif en matière d'environnement. C'est à nous, les citoyens à demander à ce gouvernement à développer l'hydroélectricité et le nucléaire en remplacement du charbon et du pétrole. C'est à nous, les citoyens, à demander à ce que l'énergie éolienne soit mieux développée. C'est à nous, les citoyens, à exiger le développement de véhicules fonctionnant à l'électricité et à l'hydrogène. C'est à nous, les citoyens, à rejeter cette campagne de peur de bas étage. C'est à nous, les citoyens, d'exiger du gouvernement du Canada d'être plus à l'écoute de ce que veulent les Canadiens.

Lire aussi : http://www.la-vie-rurale.ca/contenu/339 pour ceux qui veulent voir l'aspect positif des choses et qui veulent faire leur part au quotidien pour atteindre les objectifs de Kyoto. Si notre gouvernement ne peut y parvenir, peut-être que des millions de Canadiens, eux, le peuvent.

Commentaires

Ironique

Donc, si je comprend bien, la science économique est moins crédible que la science de la prédiction météorologique, le rapport Baird est alarmiste tandis que les opinions sur le non-respect de Kyoto sont réalistes, et les environmentalistes s'y connaissent mieux en économie que les économistes...

On est rendus la faut croire!

On est rendu là

La mondialisation et le capitalisme c'est le fruit des théories des économistes. Voyez où ça nous mène. Oui, on en est rendu là. Entre un environnementaliste reconnu et un économiste reconnu, mon choix est fait, vous avez tout à fait raison. Certains économistes n'ont pas une vision assez globale d'un problème complexe comme le réchauffement climatique. À plus ou moins long terme, l'économie telle que nous la conaissons n'est pas viable. Pas sur cette planète. On en est rendu là comme vous dites.

Kyoto et l'économie canadienne

Kyoto a été signé par les libéraux qui savaient très bien que les cibles étaient impossibles à atteindre à si court terme. D'ailleurs l'Europe vient de rallon<ger ses échéances et la France tente de faire adopter ses usines d'lectricité au charbon qu'elle veut construire et nous on veut faire fermer celles de l'Ontario. Quel paradoxe.

L'ancien conseiller spécial de Jean Chrétien, Eddie Goldenberg, soutient que la signature canadienne au bas du protocole de Kyoto en 2002 visait avant tout à «conscientiser» l'opinion publique aux efforts immenses qui doivent être faits pour lutter contre les changements climatiques. Dans une entrevue accordée au Devoirle 22 février 2007, mais également lors d'un discours livré au Canadian Club de London, Eddie Goldenberg a aussi soutenu que le gouvernement Chrétien n'était pas prêt à l'époque à atteindre les objectifs de Kyoto, qu'il qualifie «d'extrêmement ambitieux». Il affirme même que la possibilité de rater la première échéance du protocole de Kyoto était évaluée comme une forte possibilité au sein du gouvernement libéral de l'époque. Alors les alarmistes mettez des bémols.

Pendant tout le règne libéral on a vu un détérioration et non une amélioration de la situation lors de la signature du protocole. Étrange que seulement 35 pays sur 194 pays ont signé l'accord de Kyoto. Étrangement que les pays qui polluent le plus et les pays en émergence n'ont rien signé. Étrange que les ministres des finances du G8 réunis à Essen en Allemagne en fécvrier dernier, n'ont pas réussi à s'entendre sur une position commune et concertée de financer et de coordonner les efforts de ces 8 pays les plus riches de la planète.

Lors de son mandat comme premier ministre, Brian Mulroney avait commandé une étude pour connaitre les cout de l'amélioration de l'environnement canadien, le chiffre est sorti à 75 milliards. Plus de vingt ans après avec des exigences encore plus strictes, il est normal d'évaluer à 200 milliards les efforts que devront consentir le gouvernement du Canada pour respecter ses engagements envers le protocole qu'il a signé. Respecter Kyoto c'est obliger le gouvernement à déplacer 20% de son budget actuel vers l'objectif kyotiste. C'est énorme et exige de très gros sacrifices. Je ne trouve pas exagéré que le Ministre Baurd arrive à cette conclusion.Quant aux deux experts invoqués, leur réputation n'est plus à faire. Leur étude est plus lucide, plus réaliste et maintenant les écolos devront chiffrer leurs intentions et prouver que les sommes investis ne le seront pas en pure perte.

Car la science du climat est de beaucoup plus jeune que la terre. La venue de l'ordinateur a révolutionné ce monde de la science qui en est à ses premiers balbutiements avec ces nouveaux joujoux du progrès technologique. Une erreur dans les circonstance prend des proportions astronomiques et les racourcis du GIEC nous ramène à la période du croit ou meurt. Oui comme des inquisiteurs du moyen-âge qui châtiaient tous les intelletuels qui osaient dire que la terre n'est pas plate.

Modifier des priorités budgétaires est irréaliste, modifier des comportements est de beaucoup plus rationnel. Le message des adeptes de la religion du climat a porté. À chacun de nettoyer son perron, c'est l'attitude réaliste qu'a pris le gouvernemnt en place. Les provinces, les territoires et le fédéral ont signé des accords d'intervention (plan vert) d'une valeur de 1,5 milliard sous le vocable fédéral de écoACTION. Ici au Québec c'est 350 millions que le fédéral versera pour le plan vert de Béchard. Le fédéral encourage les canadiens à acheter les voitures moins polluantes et donne un crédit à l'achat. Le gouvernemenrt canadien a dévoilé son plan de captation des GES pour l'industrie pétrolière. Le gouvernement canadien prépare l'ouverture du Hygrogen Highway en Colombie-canadienne. Le gouvernement canadien dépollue des sites contaminés depuis des décennies et laissés en plan par ces écolos et libéraux. Par Exemple, le site de Sydney Steel où les gouvernements injectent 400 millions pour dépolluer ce site. Que vont les écolos pendant ce temps ? Ils nous inondent de propos incendiaires et allant d'une catastrophe à l'autre mais n'apportent aucune preuve scientifique à l'appui. Au contraire quand un scientifique tente de modérer les propos avec une étude étoffée, il est tout de suite mis à l'index et devient hérétique. Est-ce ca le consensus scientifique. Au fait en science, un consensus ca n'existe pas...

Non Harper ne se sauve pas de ses responsabilités environnementales, il veut seulement que le débat soit moins émotif et plus rationel. Il pose des gestes concrets qui sûrement porteront des fruits verts tant attendus. Tant qu'à sauver la planète, je n'y crois pas car l'homme ne peut domestiquer la nature, elle a trop de vécu pour ca. Il doit s'y adapter et la respecter...

Question de coûts

Monsieur Trudel, vous aimez les chiffres et les faits. Voici pour vous :

L’ancien chef économiste de la Banque mondiale, Nicholas Stern, a présenté au gouvernement britannique une étude révélant que le réchauffement climatique pourrait coûter à l’économie mondiale jusqu’à 7 trillions de dollars (7000 milliards) en l’absence de mesures réglementaires d’ici 10 ans. (voir http://www.dossiersdunet.com/article889.html ). Vous pouvez vous taper le rapport de 700 pages qui chiffre avec précision le pourquoi de ce montant. Disons que ce sont des coûts beaucoup plus costauds que ce que ça nous prend mondialement pour atteindre les cibles de Kyoto.

Ce monsieur Stern n'est pas un écolo, mais un économiste bien plus reconnu que d'autres que je ne nommerai pas. Au delà de toute votre réthorique douteuse et contradictoire, monsieur Trudel, il y a les faits. Nous savons ce qu 'il faut faire et quelle est la solution la moins couteuse à long terme. Vous préférez une vision à court terme? Et bien vous réfléchissez comme un politicien. Serez-vous candidat conservateur aux prochaines élections?