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Groupe Maritime Verreault

Les syndicats sont-ils un frein au développement des régions du Québec?

Gaspésie



Après le psychodrame d'Olymel à Vallée-Jonction, voilà que Verreault Navigation, chantier maritime des Méchins, en Gaspésie, annonce sa fermeture faute de s'entendre avec le syndicat des employés. La partie patronale dans un cas comme dans l'autre a des torts aussi. Loin de moi l'idée de vouloir jeter tout le blâme sur les syndicats, mais une constante se dessine de plus en plus : il semble de moins en moins intéressant de faires des affaires avec l'aide d'employés syndiqués dans les régions du Québec.

Pour en revenir à la fermeture de Verreault Navigation, voici les faits : La direction se dit incapable de s'entendre avec ses employés syndiqués. Chaque parti rejette le blâme sur l'autre. Cas classique. En attendant, la minuscule communauté des Méchins, dans une des MRC les plus pauvres du Québec encaisse le coup. La direction voulait un nouveau contrat de travail avec ses 140 employés syndiqués afin d'être, selon ses dires, plus compétitive. Ne pouvant, toujours selon la direction, obtenir les concessions désirées, la présidente et chef du Groupe Maritime Verreault, Denise Verreault, a mis à pied les employés cadre encore en fonction le 27 février dernier. De plus, il n'y avait pas de contrat de construction ou de rénovation depuis quelques semaines. D'où sa préparation à fermer le chantier maritime fondé il y a cinquante ans.

Les négociations entre la direction et les syndiqués ont débuté il y a quelques mois. Les dernières séances furent faites à l'aide d'un conciliateur du ministère du Travail.

«Une première offre a été rejetée et une autre, déposée le 20 février, a été ignorée», soutient Denise Verreault au Journal de Québec. «On avait tout simplement besoin d'un horaire plus flexible pour travailler sept jours par semaine.» affirme-t-elle au même journal en précisant aussi que la question salariale était réglée entre les deux partis. L'offre finale, telle qu'expliquée via le quotidien Le Soleil, est une augmentation de 12% sur sept ans. Le salaire horaire moyen actuel est de 27,82$. Aucun changement sur le principe de l'ancienneté mais une demande de flexibilité quant aux horaires. La dernière offre fut rejetée en décembre à 98%. Les employés jugent inacceptable de toucher à la flexibilité des horaires. Le fait de ne pas pouvoir être ouvert sept jours sur sept allonge les délais et aurait fait perdre des contrats. Ce qui explique la demande de la flexibilité d'horaire. On ne parle pas ici de couper les salaires. La décision vient-elle des employés où sont-ils influencés par la centrale?

Les faits : une négociation qui s'étire et un carnet de commande vide. Cocktail explosif. L'entrepreneurship a-t-il encore sa place dans un tel contexte? Comment motiver un chef d'entreprise à poursuivre dans un tel environnement? L'envie de faire autre chose ou de s'installer ailleurs devant une situation qui semble bouchée est compréhensible. «C'est un drame pour les employés et c'est un drame pour nous, poursuit celle qui dirige une entreprise florissante aux Méchins depuis 50 ans. Nous ne faisons cependant pas de miracle. Nous ne pouvons pas supporter le personnel sans contrat et nous ne pouvons pas aller chercher de nouveaux contrats sans une nouvelle convention collective.» a affirmé Mme Verreault au Journal de Québec. C'est on ne peut plus clair et révélateur d'un état d'esprit qui n'est pas à l'optimisme mais plutôt à la résignation.

Alain Lampron, président de la Fédération de la métallurgie de la CSN, estime la décision de Verreault Navigation surprenante. Les syndiqués du chantier devaient se prononcer demain sur la deuxième offre. «Depuis l'été dernier, il n'y a pas eu de véritable négociation. Nous avons essayé plusieurs fois de provoquer de la négociation, mais ça n'a pas fonctionné.» a-t-il déclaré au Journal de Québec. «Si elle (Mme Verreault) voulait s'asseoir, nous pourrions régler ça.» poursuit-il. Elle veut de la flexibilité dans les horaires et vous ne voulez pas. Comment s'entendre dans un tel contexte?

Peut-être s'agit-il d'une stratégie de négociation à la Olymel de la part de Mme Verreault? Quoi qu'il en soit, les 140 syndiqués vont se réunir demain tel que prévu mais l'exécutif devra décider si les membres se prononcent quand même. En effet, Mme Verreault vient de retirer la deuxième offre sans toutefois être fermée à un revirement de la situation. Mais, elle ajoute de la pression en affirmant qu'une fois un processus de fermeture enclenché il est difficile de l'arrêter. «Je lève mon chapeau aux gens d'Olymel qui ont accepté un long processus avec le syndicat. Olymel, c'est Olymel. Et Verreault, c'est Verreault. Ce n'est pas nécessaire de fonctionner comme ça.» a déclaré au journal Le Soleil Mme Verreault visiblement excédée.

Je suis pour l'existence des syndicats. Les travailleurs doivent être représentés et unis pour faire valoir leurs droits. Ceci dit, peut-on remettre en question certaines façons de faire des grandes centrales…

Pouvons nous envisager que nous vivons dans une province sclérosée par trop de syndicats procéduriers? Peut-on collectivement se rendre compte qu'il est de plus en plus difficile de faires des affaires et d'être un véritable entrepreneur dans un tel contexte? Les régions du Québec ont tant besoin d'entrepreneurs et de développeurs. Mais, avec la vieille mentalité de confrontation des grandes centrales syndicales, peuvent-ils réaliser pleinement leur rêve? Il y a de plus en plus pénurie de main d'œuvres un peu partout au Québec, la période de la grande noirceur est terminée. Les Chantiers Maritimes Verreault furent créés en 1956 durant cette période trouble, mais nous n'en sommes Dieu merci plus là.

Certains syndicats ne travaillent que pour eux-mêmes sans se soucier de la partie patronale qu'ils ont devant eux. Or, il faudrait voir les patrons comme des partenaires de la création de richesse collective. Il faudrait voir le travail comme quelque chose de plus flexible qui permet la créativité dans des domaines tels que la répartition des tâches, les horaires et les procédés de paiements. Les syndicats ne créent pas de richesse, ils défendent les droits des travailleurs et doivent donner des avis éclairés à leurs membres. Pour les avis éclairés, on repassera.

Certains grands syndicats semblent s'être fait une spécialité dans la résistance au changement. Or, la résistance au changement c'est le contraire d'être tourné vers l'avenir. Heureusement, il y a encore des syndicats proactifs, entreprenants et créatifs qui travaillent de concert avec la patrie patronale pour le mieux être de leurs membres. Un patron heureux et prospère va rendre ses employés heureux et prospères.

Il y a une tendance lourde au Québec : rejeter toute la faute de nos malheurs économiques sur le patronat, la Chine et l'Inde. Il faudrait regarder d'abord ce qui ne fonctionne pas ici dans nos lois du travail et avec certains syndicats qui abusent de leur pouvoir. Un syndicat ce n'est pas un chef d'entreprise, ce n'est pas à lui de tout décider dans une entreprise et encore moins une province. Un syndicat doit défendre ses membres tout en laissant un espace décisionnel intéressant et motivant pour la partie patronale. Ceux qui ne comprendront pas cela risquent de tout perdre. La mondialisation et la compétition nous obligent à être créatifs et novateurs. Il ne faut pas voir le changement que sous un angle négatif. Les travailleurs des Méchins sont-ils créatifs et novateurs ou s'assoient-ils sur leur convention et leurs acquis en refusant de bouger sur quoi que ce soit? Voient-ils la direction du groupe Verreault comme leur allié ou comme l'ennemi à abattre? La question se pose car des fermetures dans le secteur industriel de nos régions il y en a trop.

Cela ne veut pas dire de couper dans les salaires et de faires 80 heures de travail par semaine. Il faut tenir à certains principes. Cela veut dire de s'asseoir avec la partie patronale comme on le ferait avec un allié et ne pas avoir peur d'avancer et de faire les choses différemment. Or, la résistance au changement c'est complètement le contraire de ça. Et dans un monde en changements, refuser de changer c'est accepter de fermer une entreprise, une région ou une province. Refuser de changer et d'avancer c'est disparaître. En 2007, les syndicats affiliés aux grandes centrales sont-ils un frein au développement des régions au Québec? Avec la fermeture annoncée du Chantier Maritime Verreault, je commence à croire que c'est le cas.

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