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Faire de la prévention du suicide une priorité au Québec



Un récent sondage mené à l'été 2006 par Léger Marketing dévoilait que le suicide est considéré comme "acceptable" par plus de 42 % des Québécois. Or, cette situation sociale est inacceptable. Une stratégie québécoise en prévention du suicide est essentielle. Cette stratégie contiendrait une série de moyens visant à faire baisser le taux de suicide au Québec.

Depuis un bon nombre d'années, les statistiques sur le taux de suicide nous démontrent que le Québec se situe parmi les premiers rangs au monde des pays industrialisés. Le suicide est devenu, avec le cancer, le deuxième problème majeur de santé publique. Le Québec est la province canadienne où le taux de suicide est le plus élevé : il représente la première cause de mortalité chez les hommes âgés de moins de 40 ans et le tiers des décès chez les jeunes de 15-19 ans. Il est donc urgent d'agir.

Les sommes consacrées présentement à la prévention du suicide au Québec ne sont pas du tout en corrélation avec l'ampleur du problème. Ici comme ailleurs, il existe de nombreux problèmes de santé publique et il est impossible pour les autorités d'en régler la totalité. Le suicide est lié à l'interaction complexe de plusieurs facteurs, y compris les troubles mentaux, la pauvreté, l'abus de drogues et d'alcool, l'isolement social, les pertes et les deuils, les difficultés relationnelles et les problèmes liés au travail. À la lumière des statistiques recueillies et des études menées, pouvons-nous constater l'ampleur de la situation et réaliser que le suicide représente un grave problème au Québec? Faut-il répéter que le suicide représente la mort, la fin de la vie ?

Vu l'ampleur du problème, nous devons faire de la prévention du suicide une priorité au Québec.

Il est sans doute impossible d'éliminer tous les suicides, mais il est possible de réduire les décès attribuables au suicide en redonnant au Québec un plan d'action qui coordonnerait les efforts à partir d'objectifs communs. Dernièrement, une mesure intéressante a été mise en place, dans le cadre de la Stratégie d'action jeunesse du gouvernement du Québec. Il s'agit de la mesure Les Sentinelles qui permet à un pair d'identifier une personne à risque et de favoriser sa consultation. Il y a cependant plusieurs autres moyens qui sont absents et qui devraient être mis de l'avant afin de contribuer à une baisse du taux de suicide au Québec.

L'Association québécoise de prévention du suicide a effectué des recherches concernant certaines mesures adoptées dans différents pays du monde et qui pourraient être appliquées au Québec. Les pistes de prévention du suicide suivantes semblent prometteuses :

Restreindre l'accès aux moyens de s'enlever la vie. Lorsque l'accès à un moyen de s'enlever la vie n'est pas disponible, il est peu probable qu'un suicide impulsif se produise. La personne suicidaire peut avoir une chance de trouver de l'aide avant de trouver un moyen de s'enlever la vie. Un programme réalisé par le Centre de prévention du suicide de Chicoutimi montre que la restriction de l'accès à des moyens spécifiques pour se suicider, dans ce cas-ci le retrait des armes ou leur mise en lieu sûr, diminue les taux de suicide. Le même principe s'applique à l'installation de barrières dans des lieux publics où se produisent un grand nombre de suicides, comme les barrières anti-suicide du pont Jacques-Cartier. Nous devons effectuer l'identification de ces autres moyens qui causent la mort au Québec et agir en conséquence.

Les Sentinelles. La Stratégie d'action jeunesse 2006-2009 rendue publique le 29 mars 2006 par le gouvernement du Québec inclut le déploiement de sentinelles dans les milieux de vie des jeunes afin de mieux lutter contre le suicide. Les sentinelles, présentes dans les établissements d'enseignement et dans certains lieux de travail sont des personnes formées de façon à reconnaître les signes de détresse chez les jeunes et à les orienter vers les ressources appropriées. On pourrait envisager que ce programme soit déployé dans d'autres milieux, par exemple les centres de détention ou les résidences pour aînés.

Faire connaître la ligne 1 866 APPELLE. Le Québec s'est doté d'une ligne téléphonique provinciale, le 1 866 APPELLE, dédiée à la prévention du suicide. Plusieurs jeunes, plusieurs hommes et femmes et des familles y font appel. Ils sont 100 000 par année à le composer. Il faut faire connaître davantage cette ressource par le biais de la publicité et des relations publiques, au même titre que nous investissons dans les campagnes contre le jeu pathologique et la vitesse au volant. Le 1 866 APPELLE ainsi que les Centres de prévention du suicide situés dans toutes les régions du Québec, les organismes d'aide publics et communautaires sont des outils essentiels à la prévention du suicide et nous souhaitons que la population, notamment les milieux scolaires, soient mieux informés de leur existence pour éviter que d'autres drames se produisent.

Aide intensive aux personnes à haut risque. Les personnes qui font des tentatives de suicide présentent un risque accru de récidive. Il existe une initiative norvégienne mettant l'accent sur le suivi des personnes à leur sortie de l'hôpital à la suite d'un traitement pour tentative de suicide. Il semble qu'un réseau intégré de traitements soit efficace dans la réduction d'éventuelles tentatives de suicide. On doit développer de nouveaux programmes au Québec qui tiennent compte du suivi et de l'aide aux personnes suicidaires. Et cela, aussi bien immédiatement après une tentative qu'à plus long terme, en assurant la coordination entre divers milieux hospitaliers, le milieu de l'éducation, et une grande variété d'organismes communautaires et d'intervenants.

Il est certainement très difficile et même impossible de répondre à la question : qu'est-ce qui fait qu'au Québec on se suicide plus qu'ailleurs ? Cependant, nous pouvons certainement répondre à l'interrogation suivante : que devons-nous faire pour que le taux de suicide soit à la baisse ?

Il est grand temps de faire de la prévention du suicide une priorité au Québec.

Lettre d'opinion cosignée par:

  • Gaetan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps
  • Claude Castonguay, ancien ministre de la Santé du Québec et créateur de l'Assurance maladie
  • Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec
  • Hélène et Sylvie Fortin de la Fondation André Dédé Fortin
  • Yves Lamontagne, président du Collège des médecins du Québec
  • Marie-Annick Lépine des Cowboys Fringants
  • Henri Massé, président de la FTQ
  • Ariane Moffatt, artiste
  • Michael Sheehan, juge
  • Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec et Chantal Renaud
  • Louis Lemay, directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide

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