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Une constitution québécoise pour encadrer les "accommodements raisonnables"

Pour en finir avec le vieux réflexe de minoritaire

Au cours des derniers mois, le dossier des accommodements raisonnables a suscité de vives discussions partout à travers le Québec. Ce débat, qui a largement dépassé l'habituel cercle politique pour toucher tous les Québécois, nous a amenés à nous interroger collectivement sur notre manière d'assumer notre identité nationale et d'intégrer la différence.

Les multiples épisodes qui mettaient en scène des dirigeants d'organismes publics qui choisissent de mettre de côté nos propres valeurs communes pour satisfaire des demandes formulées par des représentants de communautés, ont créé un débat de fond dans la société québécoise. Premier constat. Le gouvernement a manqué à son devoir de fournir à nos dirigeants d'organismes publics un cadre de référence et une direction claire en matière d'accommodement raisonnable.

Deuxième constat. Ce dossier a créé un malaise social qui ne s'est pas résorbé à travers le débat public. La raison est fort simple. Nous n'avons pas répondu clairement à une question fondamentale. Pourquoi ces décisions absurdes, qui nient nos valeurs communes, sont-elles prises dans le Québec d'aujourd'hui? Par exemple, pourquoi des dirigeants d'un CLSC choisissent-ils d'aller jusqu'à interdire à des pères de famille l'accès à des cours prénataux ?

Le règne de la rectitude politique est certainement un début de réponse. Tout le monde le constate, nous sommes de plus en plus dans cet univers où règne la détestable langue de bois, alimentée par la médiatisation extrême et par la couardise des dirigeants politiques.

La réponse se trouve aussi dans l'affaissement inquiétant du leadership politique. Les propos de Jean Charest et d'André Boisclair sur ce sujet et leurs appels à la prudence cachaient mal leurs intentions claires de ne pas se mouiller dans ce dossier. Pourtant, n'est-ce pas là, l'essence même de la fonction d'un dirigeant politique que de défendre et de promouvoir les valeurs de notre société? La négation du problème et la loi du silence sur un tel enjeu ne règlent rien et risquent plutôt d'aggraver la situation.

La réponse se trouve aussi dans notre vieux réflexe de minoritaire qui persiste, malgré la Révolution tranquille, la loi 101, les réussites du "Québec inc." ou les succès des Québécois à travers le monde. Ce réflexe de minoritaire a la vie dure. Il refait surface à l'occasion et continue à nous faire courber l'échine quand nous devrions avoir le menton bien droit. Ce vieux réflexe a longtemps confiné des générations en dehors des sphères économiques, scientifiques, artistiques et intellectuelles, condamnant du même coup les Québécois de toute une époque à vivre comme des citoyens de seconde zone dans leur propre pays. Inacceptable, c'est le seul mot qui nous vient à l'esprit quand on évoque cette situation révolue. Néanmoins, quand on analyse les décisions prises par des dirigeants d'organisations publiques dans le dossier "des accommodements raisonnables", cette tendance à s'effacer collectivement, qui est issue de ce vieux réflexe de minoritaire, n'est jamais bien loin.

À mon point de vue, il est plus que temps d'en finir avec ce vieux réflexe minoritaire. Nous nous devons de poser des gestes qui vont renforcer notre identité nationale et surtout protéger ces valeurs qui nous sont si précieuses.

De souche européenne de par l'origine de ceux et celles qui ont fondé le Québec, nos valeurs s'inspirent en premier lieu de notre tradition religieuse. Elles sont aussi le reflet de notre appartenance au continent nord-américain. Fruit de la Révolution tranquille et de la sécularisation de nos institutions, nos valeurs communes se sont actualisées et s'inscrivent aujourd'hui dans les grands courants de pensée occidentaux et reflètent notre ouverture sur le monde.

Une constitution québécoise

L'ADQ propose aux Québécois un programme étoffé pour protéger ces valeurs communes et affirmer notre personnalité collective. Au premier chef, nous croyons qu'il est impératif de doter le Québec de sa propre constitution et d'y enchâsser nos valeurs communes. Ce geste fort et solennel permettrait à tous les Québécois de dire, dans un geste commun et rassembleur, qui nous sommes. Cela permettrait aussi aux autres nations de par le monde de saisir clairement la véritable nature de l'identité québécoise. C'est à mon point de vue, un geste symbolique certes, mais que nous nous devons de poser pour protéger et renforcer nos valeurs communes.

L'ADQ propose également d'instaurer une citoyenneté québécoise, de moderniser notre système démocratique, d'enseigner davantage l'histoire à nos jeunes, de mieux accompagner les nouveaux arrivants, de donner un soutien accru à la culture et de renforcer le rayonnement du Québec à l'échelle internationale. Tous ces engagements issus du programme que l'ADQ a rendu public en décembre dernier tendent tous vers le même objectif qui est de renforcer notre identité collective.

Ces valeurs que sont l'égalité entre les individus, la liberté d'expression, la justice, le respect, la solidarité, la paix et notre attachement fondamental envers la démocratie méritent d'être défendues. Nos valeurs communes sont le reflet de notre identité nationale. C'est notre devoir de les protéger car elles constituent assurément la meilleure garantie de notre pérennité.

Au-delà des arguments suscités par ce débat qui surgit dans le paysage québécois, je suis d'avis que cette question ne trouvera de dénouement acceptable que si ceux à qui nous confions les destinées du Québec cessent d'avoir peur d'en parler. Ni le silence, ni l'aplaventrisme ne peuvent être une politique dans ce dossier. La classe politique doit prendre acte de ce débat et surtout de la capacité des citoyens de débattre sereinement de cet enjeu, sans avoir peur d'être taxé de racisme. Aujourd'hui, je constate que les Québécois discutent de ce dossier avec simplicité et maturité. Il est plus que temps que les dirigeants politiques se mettent au diapason de leurs concitoyens et contribuent eux aussi, par leurs discours et leurs interventions, à assurer l'intégration harmonieuse de tous les citoyens venus des quatre coins du monde pour enrichir notre société et notre identité collective.

Mario Dumont
Chef de l'Action démocratique du Québec

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