La Vie rurale / Opinions / Pour en finir avec l’exportation d’amiante

Pour en finir avec l’exportation d’amiante

Opinion du citadin

Il est prouvé depuis longtemps que l’amiante est cancérigène. Il y a un consensus scientifique fort à cet égard. De plus, cette fois, les politiciens, dont Monsieur Ignatieff, chef du Parti Libéral du Canada, ont clairement indiqué qu’une fois au pouvoir il n’y aurait plus d’exportation d’amiante. Le candidat Libéral de la circonscription, Marc Giroux, a même démissionné par principe étant contre une telle position : http://www.la-vie-rurale.ca/Articles/Actualites/Marc-Giroux-demissionne-pour-une-question-de-principe. Pourtant, d’un point de vue logique, on ne peut qu’être en accord avec la position de Michael Ignatieff. Maintenir les exportations d’amiante serait criminel connaissant les dangers de cette matière sur la santé humaine. On aura beau plaider pour une utilisation sécuritaire de l’amiante, personne n’est dupe et dans les pays du tiers-monde un tel protocole ne serait pas respecté.

Quelques noms qui militent pour que cesse toute exportation d’amiante (interdite déjà d’exportation dans une cinquantaine de pays) : Société canadienne du cancer, Banque mondiale, Association médicale canadienne, Organisation mondiale de la santé… que faut-il de plus pour agir? On ne parle pas de boycottage de la chasse aux phoques, mais bien de santé humaine. Monsieur Ignatieff a eu le bon sens de dire que la science doit dicter nos choix. Le front commun des partis fédéraux sur l’amiante venait, le 21 août 2009, de se briser. Le Bloc et le Parti Conservateur continuent d’appuyer les exportations d’amiante pour des raisons bassement politiques même s’ils affirment le contraire. C’est comme nier les changements climatiques. Si on le fait, c’est pour des raisons bassement politiques. Certains députés conservateurs s’excluent de la position du parti pour contester la position. C’est le cas des députées conservatrices Pat Davidson et Dona Cadman. Pour les deux femmes, il faut que toute exportation d’amiante cesse.

Appuyer les exportations du chrysotile c’est appuyer une industrie condamnée et c’est, à la lumière des données scientifiques actuelles, condamnables. Bien sûr, de nombreux emplois et une région (la MRC de Mégantic-L’Érable) dépendent de l’exploitation de ce minerai controversé. Mais il est temps de diversifier l’économie de la MRC. L’amiante fait partie du passé économique de la région et non de son présent ou son avenir. L’amiante est cancérigène, point à la ligne. Un député du NPD, Nathan Cullen, a déposé un projet de loi (C-399) contre l’extraction et l’exportation d’amiante. Espérons que ce projet de loi sera adopté et que le Bloc Québécois l’appuiera même si j’en doute. «C'est clairement un moment charnière pour l'industrie de l'amiante, estime Kapil Khatter, président de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement en entrevue avec La Presse. Je crois que la fin de l'exportation est désormais inévitable.»

Le 19 août 2009 lors du conseil général de l’Association canadienne médicale, une résolution de 95% a été adoptée contre l’exportation d’amiante. Malgré cela, les gouvernements du Canada et du Québec appuient l’industrie de l’amiante chrysotile parce que 800 emplois en dépendent. Il existe même au Québec une Politique québécoise d’utilisation accrue et sécuritaire de l’amiante chrysotile. À cet égard, le ministre québécois des Mines, Serge Simard, a écrit à Monsieur Ignatieff le commentaire suivant : «l'utilisation de produits de chrysotile, dans le respect des réglementations et des techniques d'utilisation sécuritaire et en l'absence d'amphiboles, n'entraîne pas de risques significatifs pour les travailleurs».

Le journaliste de La Presse a contacté Barry Castelman, expert américain de l’amiante. Ce dernier lui a affirmé qu’il n’existe pas de degré d’exposition sécuritaire à l’amiante. Cela veut dire que tout contact avec le minerai peut être cancérigène un point c’est tout. Ce dernier ajoute : «Quiconque soutient que l'amiante est utilisé de façon sécuritaire dans le tiers-monde est soit un menteur, soit un imbécile.» Monsieur Castelman travaille actuellement avec l'Organisation mondiale de la santé à un livre sur les substituts au chrysotile. Eh oui, cela existe. Alors le ministre Ménard dont le ministère n’est même pas capable d’obtenir du secteur minier les redevances auxquelles la province a droit n’a aucune crédibilité lorsqu’il affirme qu’il n’y a pas de risques pour les travailleurs dans un cadre donné d’exploitation et d’utilisation de l’amiante chrysotile. Aucune crédibilité à mes yeux en tout cas.

La Banque mondiale a publié un document en mai de cette année qui affirme que l’amiante ne devrait pas être utilisé dans les nouvelles constructions. Les pays qui bénéficient de l’aide de la Banque mondiale ont donc tout intérêt à ne pas utiliser d’amiante pour obtenir de l’argent pour des projets de constructions.

Voilà pourquoi, même si je ne suis pas libéral ou néo-démocrate, je trouve la position de Michael Ignatieff logique et intelligente. Il a vu avant les autres chefs de parti ce que la population en générale attend du gouvernement canadien en matière d’amiante. Monsieur Ignatieff se préoccupe du sort des travailleurs de l’amiante et peut commencer à chercher des solutions pour que ces derniers puissent se réorienter, trouver un nouveau travail et sauvegarder leur santé et celle des autres. Même si ces derniers n’ont que faire de mon opinion, de celle de Monsieur Ignatieff et des scientifiques, ce n’est pas à eux de décider que l’amiante est bon pour le reste de la planète sous prétexte qu’ils vivent de l’exploitation de celle-ci. Il ne faut surtout pas jouer la surprise quand on sait depuis des décennies les propriétés cancérigènes du chrysotile. Il est même plutôt étonnant que nos gouvernements appuient encore ce minerai. Ils continuent à nier l’évidence scientifique et appuient l’exportation d’un produit cancérigène. Lorsque viendra le temps des élections, je n’appuierai pas un parti qui défend l’exploitation et l’exportation de l’amiante chrysotile. Il est temps d’en finir avec l’amiante une bonne fois pour toutes. C’est un enjeu international. Entre 800 emplois et la santé de milliards d’êtres humains, mon choix est fait.

Commentaires