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Darwin tombé en bas de sa chaise

Photo: Marie-Odile Lebeau.

Par respect pour le savant courageux, appelons notre singe Darwin... Non! Darwin n’a pas dit que nous venions des singes et que les singes sont tombés des arbres! Il a statué de nos origines communes, tous êtres vivants autant que nous sommes, et des mécanismes d’évolution qui apportent vraisemblablement quelque amélioration adaptative...

Mais rien ne va plus avec ce concept d’évolution adaptative transformé en loi de la croissance à outrance dans notre environnement chambardé. On semble oublier que les mécanismes adaptatifs ne se résument pas en compétition pour éliminer l’autre et que la coopération est aussi du lot.
En bout de compte, à y voir plus près dans notre paysage, l’amélioration n’est pas précisément ce qui frappe le plus...

Voici plus loin quelques images traumatiques captées en rentrant dans mon village hier, sur cette place publique où l’on doit se rendre par obligation pour faire ses courses et pour aller vers les autres villes et villages... Elle se trouve transformée, comme tant d’autres lieux habités, en un semi-désert d’hyper contrôle et de laideur... On la fréquente le moins possible et à la sauvette.

Ce n’est certainement pas par manque d’eau que la vie n’y prend plus racine, comme en témoigne cette photo de drain géant dénudé... Quand la vie s’évacue de la place publique, le printemps est moche...

À ce stade de l’évolution de notre urbanisme, il semble que l’oeuvre naturelle est bien loin de son profit! C’est presque aussi désolant que le spectacle offert par le Paint Ball, zone de caricature qui aurait selon certains la vertu d’exorciser les prétentions à l’ultra puissance de nos ressortissants...

Devant de tels fléaux de prolifération des laideurs, à quand la résurrection?

Le savant avait parlé de sélection naturelle, pas de darwinisme social, agroalimentaire, commercial! La mort servait la vie, dans cette théorie de la sélection naturelle, pas l’inverse...

Comme notre singe de composition, Darwin tomberait aujourd’hui en bas de sa chaise!

Voyons ces images de l’entrée de mon village, véritable offense pour l’oeil et blessure à l’âme écologiste!

Malgré cette entrée traumatique, nous vivons dans un paradis de nature qui pourrait encore se relever de tant d’outrages...

Saurons-nous ramener les petits gestes qui donnent du sens à la vie sur notre propre terrain, loin du contrôle anonyme et sans pitié du commerce déraciné?

Ne soyons pas dupes des fausses manoeuvres de délégation de responsabilités à sens unique et de dépenses somptuaires...

Mettre en valeur ce qui ne coûte presque rien (n’oublions pas que la vie est un don!) devient parfois l’idée la moins permise et le discours le plus censuré...

Allons du côté de la vie sous toutes ses formes et n’oublions pas que les habitants d’ici ont une tradition de co-existence avec cette nature exubérante, sagesse adaptée aux moyens modestes de nombre d’entre nous et trop dédaignée des bureaucrates... On perd sans y prendre garde toute une panoplie de trucs simples:... pour éviter qu’un drain ne se bouche par le gel... pour gérer les eaux usées... pour trouver les sources... pour aller bûcher avec les chevaux... pour préserver un revêtement de bois des attaques de la pourriture...

De plus en plus redécouvertes, ces vertus d’équilibre sans interdiction reviennent dans des agglomérations comme Vancouver et plusieurs villes américaines. On y réhabilite maintenant la présence des poules pondeuses en zone urbaine... Quel beau remède contre la crise, l’exclusion, l’urbanisme stérile, l’ennui et l’embourgeoisement de nos municipalités trop belles pour rester vraies!

Cultivons donc encore l’espoir!

Déjà publié sur Lanaudière... moutons, carottes, batons! le 11 avril 2009.

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