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Ah, si je pouvais voter à Montréal!

Opinion du citadin

Benoît Labonté, ancien bras droit de Louise Harel, candidate à la mairie de Montréal, n’avait plus rien à perdre et a déballé son sac lors d’une entrevue exclusive à Radio-Canada. L’homme, qui a avoué avoir menti en niant des liens avec un certain entrepreneur, a décidé qu’il ne serait pas le seul à sauter et a fait une dénonciation en règle du système de financement des partis politiques tant municipaux que provinciaux. Quant aux partis fédéraux, on se rappellera le scandale des commandites pour comprendre que le financement des partis politiques éthiquement douteux n’est pas l’apanage exclusif au Québec.

Monsieur Labonté, dans cette entrevue, expose une façon originale de contourner la loi en faisant des levées de fonds sectorielles. Les dons d’entreprises aux partis politiques sont interdits, mais trouver employés nombreux à vouloir faire des dons dans une même entreprise, ça, c’est assez fréquent et légal. Légal, mais éthiquement inacceptable puisque c’est une façon de contourner la loi du DGE et d’être redevable aux employés d’une entreprise, donc, à l’entreprise elle-même.

Ne faites pas les étonnés nous savions tous, en tant que citoyen, avant l’entrevue de Monsieur Labonté, que cela fonctionnait ainsi. Là, c’est un politicien professionnel qui le dit et ça fait du bien de l’entendre. C’est comme d’avoir pressenti depuis des années que Papa Noël c’est de la frime et qu’on se le fait confirmer. Décevant mais quel soulagement d’en avoir enfin le cœur net.

Une émission de Radio-Canada animée par Anne-Marie Dussault, 24h en soixante minutes, durait exceptionnellement 2h hier, 22 octobre, afin de permettre à toute la classe politique tant municipale que provinciale de déchirer sa chemise. Monsieur Labonté a été ridiculisé, traité de menteur (ce qu’il avoue) et de rapporteur de rumeurs. C’est vrai, c’est ce qu’il est. Il a perdu son job pour ça d’ailleurs. Ceci étant dit, plusieurs autres politiciens méritent le même sort et c’est là qu’une commission d’enquête s’avèrerait intéressante afin de modifier la loi sur le financement des partis politiques à la suite de ses conclusions. Une commission d’enquête sur le financement des partis politiques et de la collusion du monde de la construction avec le politique serait tout à fait pertinente. Le gouvernement Charest a plutôt lancé l’opération Marteau avec la SQ. C’est mieux que rien, mais une enquête policière c’est confidentiel, pas une commission d’enquête. L’opération Marteau me laisse donc perplexe… Les entrepreneurs et politiciens mêlés à des ententes éthiquement douteuses n’ont certainement pas signé un contrat entre eux, ce sont souvent des ententes verbales, des ententes tacites et la police ne trouvera rien d’illégal ou de répréhensible dans ça ou si peu.

Ceci dit, une commission d’enquête pourrait poser la question : comment voulez-vous que des partis municipaux, souvent le parti d’un seul homme ou d’une seule femme, puisse avoir un budget de campagne décent sans les dons des citoyens.

Et soyons logiques et sincères : je suis un citoyen et je n’ai aucun intérêt à faire des dons pour quelque parti que ce soit. Si je le faisais, c’est que je voudrais en retour avoir un job au sein du parti ou devenir candidat à la députation. Si je faisais un don pour un candidat municipal, c’est parce que je voudrais faire des affaires avec la municipalité et mieux connaître cet éventuel élu. Sinon, pourquoi donner de l’argent à un parti politique?

Et, sans argent, c’est laisser la voie libre aux concurrents et perdre à coup sûr l’élection. Avant de tirer des roches sur Benoît Labonté, au maire Tremblay, Louise Harel, Jean Charest ou n’importe quel politicien, il faut savoir que, sans doute, aucun de ces derniers n’a enfreint la loi. Ils ne font tirer leur épingle du jeu, de façon légale, dans un système pourri. Pour y parvenir, on peut imaginer qu’ils font de la rétention d’information, reçoivent des dons anonymes, des dons de prête-noms et soient, parfois sans le savoir, vraiment redevables.

Dans les prochains jours vous verrez des candidats municipaux et provinciaux débattre au raz des pâquerettes pour dénoncer leurs adversaires respectifs, nier des allégations, porter des accusations, colporter des rumeurs. Il se pourrait même que certains en viennent à démissionner ne supportant pas la pression médiatique et le regard critique du public. Dans tout ce vacarme, il ne faudra garder qu’une idée à l’esprit : aller voter aux élections municipales. Mieux que ça : dans les municipalités touchées par des scandales, allez voter en grand nombre en faisant un vote de sanction. Comment? En portant au pouvoir des candidats obscurs qui n’ont, de toute évidence, bénéficiés d’aucun coup de main financier intéressé parce que trop marginaux. C’est l’occasion de se renseigner sur les candidats moins connus, prendre connaissance de leur programme et voter différemment.

C’est une belle occasion de mettre des écologistes, des idéalistes et de bonnes personnes au pouvoir. Bien sûr, ils seront peut-être un peu perdus au début, ne seront pas tous charismatiques, mais vous aurez au moins l’assurance que, pour l’instant, ils ne sont pas corrompus.

Nous sommes en démocratie et le peuple a encore un pouvoir. Ce pouvoir c’est celui de sanctionner une classe politique. Votre maire ou vos candidats sortants vous rendent cyniques, n’ont pas répondus à vos attentes, et bien sanctionnez-les. Vous êtes leur employeur. Votez pour le candidat le moins visible, le candidat qui n’a pas de maudites pancartes sur les poteaux, vous saurez qu’il n’avait pas d’argent pour faire campagne. Pas d’argent veut dire moins de risque d’être redevable envers qui que ce soit.

Je suis naïf et je crois encore à la démocratie. Je ne suis pas Montréalais et donc je ne peux pas voter, mais si je devais le faire, je le ferais pour le candidat Richard Bergeron. Pourquoi? Parce qu’il n’est pas connu, parce qu’il n’est pas un politicien professionnel, c’est un urbaniste, et il a de bonnes idées pour la ville. Il veut redonner aux Montréalais un accès au fleuve. Montréal a des kilomètres de berges abandonnées, inutilisées qui pourraient êtres aménagées et rendre la métropole extraordinairement belle. Plus belle que Québec et sa promenade Champlain, le potentiel est là, il suffit de l’imaginer comme le candidat Bergeron. Et, le plus important, même si ça ne paraît pas à la télé, cet homme est passionné. Il suffit de l’écouter. Contrairement à Monsieur Tremblay et Mme Harel, qui vivent malheureusement une certaine usure du pouvoir et semblent à cours d’idées, monsieur Bergeron a des idées et veut vraiment faire quelque chose pour la ville. De plus, il n’a pas vraiment d’argent ou très peu. Lui et son parti ne sont donc pas autant redevables. En théorie du moins. L’important, si je pouvais voter à Montréal, serait de sanctionner une classe politique qui me semble minée, usée, et de voter pour quelqu’un qui semble arriver de nulle part. Belle occasion de faire une différence, créer la surprise et de combattre le cynisme ambiant. Ah, si je pouvais voter à Montréal!

Commentaires

Voter: plus important que se faire vacciner

Il est plus important de voter (le 1 novembre prochain) que de se faire vacciner. La grippe est possible ou probable, et une mort s'ensuivant éventuellement - incertaine. Alors que le mal politique municipal grugeant tout le corps social (à Montréal en tout cas), lui, est certain, et ses effets - plus destructeurs encore que ceux de la grippe ou de la mort...

Lorsque notre coeur saigne

Eh bien, moi, si. Montréalais, non seulement puis-je y voter, mais c'est déjà fait. Et croyez-vous qu'on se sente mieux après? Même pas. Et ce pourrait n'être pas terminé...

Moi aussi, figurez-vous, mon dessein était de voter pour Bergeron. Je l'ai même dit sur la Toile. Mais...

Il s'est passé quelque chose cette semaine.

J'ai passé toute la seconde moitié de celle-ci à me demander si je maintenais cette première 'allégeance' ou si je me 'rabattais' sur Louise Harel. Ce que j'ai finalement résolu de faire et ai fait peu après midi.

Parallèlement, se posait la question de savoir quel aspirant maire d'arrondissement je privilégierais. Cette question a été la plus simple à résoudre. Car aucun ne me satisfaisait d'une part et d'autre part je suis contre (l'existence même de) cette mairie locale. A fortiori considérant qu'on en a trop de candidats élus de tout poil à Montréal et que je suis plutôt de l'école Une île une ville que de celle d'une métropole anarchique éclatée comme elle l'est présentement. Alors, j'ai laissé ce bulletin de vote-là blanc.

Ne restait que le plus difficile à 'décider de'. J'en ai passé des heures à jongler avec ça! Laquelle de la belle candidate au poste de conseillère, honnête inspirant confiance et déterminée de Projet Montréal, ou... Diane Lemieux - obtiendrait mon vote du coeur?... Cette dernière origine de la même région que moi. Forte, je me disais que si je votais pour Harel «d'l'aut' bord», n'est-ce pas qu'elle lui ferait une judicieuse opposition-contrepoids?

Eh bien, au bout du compte, à cet égard, j'aurai maintenu - ou serai revenu - à mon choix initial (qui était celle n'étant pas Diane Lemieux). Or...

Le téléphone ne retentit-il pas tantôt. C'était Diane Lemieux... Sympa comme tout. Voilà. C'est ça la vie. Paraît. Mon coeur 'saigne' maintenant. Quoique je ne puisse regretter. Il fallait ce qu'il fallait. Et elle gagnera peut-être, sinon probablement, quand même, si c'est comme d'habitude...