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Sommes-nous prêts à enrichir les pétrolières à nos dépens?

J’ai d’abord eu des échos à l’été 2008 qu’une Cie pétrolière prenait le relais de Corridor Resources pour faire de l’exploration pétrolière et gazière aux Îles-de-la-Madeleine. Puis, à la fin du mois d’août 2008, j’ai lu un article dans l’hebdomadaire local des Îles, Le Radar, intitulé « Exploration d’hydrocarbures : Des discussions à tous les niveaux », daté de la semaine du 29 août au 4 septembre 2008. Et bien, personnellement, j’ai trouvé qu’il manquait quelques niveaux de discussion. Celui, par exemple, des principaux intéressés : nous, les Québécois et Madelinots.

On entend haut et fort la voix de ceux qui feraient une belle fortune avec tout ça : celle du gouvernement par exemple, qui toucherait des redevances faramineuses sur le forage de pétrole et de gaz naturel opéré sur nos terres et dans le golfe St-Laurent. La voix de la Chef du Parti Québécois, Pauline Marois, qui clame partout au Québec depuis son retour en juin dernier d’une visite stratégique en Norvège que le forage dans le golfe du St-Laurent, au large des côtes des Îles-de-la-Madeleine, serait comparable à ce qui se passe dans la mer du Nord; que le Québec se doit de suivre l’exemple de ce pays grand producteur de pétrole et de gaz qui a réussi à combiner l’industrie de la pêche et l’industrie polluante des hydrocarbures; se gardant bien entendu d’entrer dans les détails des problèmes écologiques que cela a causés dans les pays de l’Est, qui ont connu année après année, des marées noires dévastatrices pour l’industrie de la pêche et les communautés côtières. Le Parti Québécois, qui veut mettre le pied sur l’accélérateur pour aller chercher le gaz naturel et jusqu’à la dernière goutte de pétrole au fond du golfe au plus vite — ce qui exclue selon toute logique une étude approfondie d’impacts environnementaux d’un tel projet dans un environnement aussi particulier et fragile que le golfe St-Laurent, lequel demanderait probablement des années d’études et ne pourrait jamais révéler les dommages possibles de façon tout à fait juste — a mis tant de pression sur le gouvernement Charest pour que le dossier du forage dans le golfe avance, que les pourparlers ont déjà repris entre Québec et Ottawa sur les chicanes territoriales qui les divisent et ont jusqu’à maintenant ralenti les projets. L’argument du Parti Québécois pour mettre tant de pression : il serait irresponsable pour le Québec d’ignorer le potentiel de toutes ses ressources naturelles. En d’autres mots — si on lit entre les lignes des belles paroles de politiciens —, il serait irresponsable de ne pas imiter nos voisins des provinces de l’Alberta, de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, qui s’activent à exploiter la propreté de leur sol, de leur eau et de leur réputation en échange de milliards de dollars en redevances des Compagnies pétrolières. À cause en grande partie des sables bitumineux de l’Alberta et du forage en mer au large de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, le Canada est devenu le 3e pays le plus polluant en émissions de gaz à effet de serre, sur une liste de 17 pays industrialisés, après les É.-U. et l’Australie. Si nous continuons sur cette voie, grâce au gouvernement conservateur de M. Harper, nous atteindrons bientôt la première place.

Nous entendons aussi la voix des Cies pétrolières, comme celle de Gastem, la nouvelle Cie pétrolière qui vient s’installer aux Îles et qui a « courtoisement » fait connaître ses intentions à court terme à la Municipalité des Îles ; mais à peine un murmure de la part de celle-ci, qui je l’apprends, n’a pas un mot à dire légalement sur la question. Wow! Que c’est beau la démocratie quand même!

Ce qui est irresponsable, à mes yeux, c’est que notre gouvernement soit beaucoup plus préoccupé par les questions de redevances sur l’exploitation d’hydrocarbures que sur leurs conséquences dans un milieu aussi fragile que le nôtre!

D’un revers de main, notre ancien député, M. Arseneau — qui vient d’annoncer officiellement sa retraite — repoussait de côté tout doute ou questionnement raisonnable qu’un citoyen intelligent et informé puisse avoir sur le sujet, en affirmant (de quel droit?) que « l’exploration et l’exploitation gazières ne nuiront pas aux activités économiques de l’archipel comme l’industrie de la pêche et du tourisme. » Citation de l’hebdo local Le Radar. En considérant quelles sont les motivations qui poussent nos élus à décréter de telles aberrations, motivations qui se calculent en MILLIARDS de dollars, je comprends clairement que le profit peut faire dire à peu près n’importe quoi à certaines personnes…

Grâce à l’accessibilité à l’information très rapide qui existe aujourd’hui sur la Terre, la plupart d’entre nous savent bien que les Multinationales « mènent le monde », en se servant de leur pouvoir financier pour contrôler même nos politiciens et faire de la planète leur terrain de jeux lucratif, aux dépens du reste de la population.

Les profits provenant de l’exploitation d’hydrocarbures sont exorbitants, comme le mentionne M. Arseneau lui-même dans l’article mentionné ci-haut. Il n’est donc pas étonnant que nos deux paliers de gouvernement se disputent les territoires convoités par les grosses Cies pétrolières. Ce qui est étonnant et même choquant, ce sont les lois qui ont été mises en place sous notre nez pour donner carte blanche à ces exploitants toujours plus avides de profits, sans que la population ait aucun droit légal (ou si peu) pour les en empêcher.

Les milliards de dollars de redevance, pour lesquels nos gouvernements se disputent comme des enfants d’école, leur ont bien vite fait « oublier » les effets extrêmement nocifs et très réels de ce genre d’industrie partout dans le monde, mais aussi chez nous et chez nos voisins des Maritimes. Pas besoin d’aller aussi loin que la Norvège pour faire une recherche sur les effets de l’explosion d’un puits sur une plateforme pétrolière ou le bris majeur d’un pipeline comme il s’est produit près de l’Île de Sable, au large de la Nouvelle-Écosse en 1984. Et puis a-t-on déjà oublié la catastrophe du IRVING WHALE, chargé de plus de 4 200 tonnes de pétrole lourd et 6 800 litres de carburants combustibles contenant 7 tonnes de BPC, qui s’est échoué dans le golfe St-Laurent, le 7 septembre 1970? 38 ans plus tard, presque jour pour jour, on en subit encore les conséquences aux Îles-de-la-Madeleine, l’érosion nous remettant fréquemment en pleine face les sacs de mazout qui étaient enfouis sous le sable de nos belles dunes (200 000 sacs contenant des résidus de mazout contaminé aux BPC provenant du naufrage furent enfouis sous le sable en 1970, 25 ans avant que ne devienne publique l’aveu de la Cie IRVING que la barge contenait des BPC).

Si le pétrole en effraie plusieurs, avec tous les exemples de marées noires et leurs conséquences dévastatrices partout dans le monde, vous entendrez nos politiciens, — chers défenseurs de nos droits et redevances… euh, je veux dire droits et intérêts — tenter de nous convaincre qu’avec le gaz naturel, pas de danger pour les marées noires, et donc, pas de pollution! Ah, si c’était vrai, le problème serait réglé, on pourrait se concentrer sur l’exploitation du gaz. Mais malheureusement, ce n’est pas si simple. Le gaz naturel, bien que moins persistant que le pétrole, et bien qu’invisible à l’œil nu, est en fait plus toxique que ce dernier. Dans le cas d’une fuite majeure, le gaz reste en solution dans l’eau, ce qui entraîne une contamination sévère des organismes aquatiques qui servent de nourriture aux poissons et aux mammifères marins, s’infiltrant ainsi dans la chaîne alimentaire. Mais même sans accident, l'exploitation de gaz et de pétrole, au quotidien, représente bien d'autres dangers. Les torchères des plateformes, qui brûlent l'excédent de gaz par mesure de sécurité, produisent des émissions d'hydrocarbures qui vont quotidiennement se déposer sur l'eau et sur la terre. La pollution se retrouve également sous l'eau. Que ce soit pour l'extraction du pétrole ou du gaz naturel, c'est toujours la même technique. Pour lubrifier les énormes trépans qui servent à forer les puits et à maintenir la pression dans les tuyaux de forage, on utilise un mélange savant de divers produits chimiques appelé boues de forage, qui est constamment rejeté dans l’eau.

Alors chers Québécois et Québécoises, on se trouve maintenant devant un choix de société : allons-nous, comme nos voisins de l’Ouest et de l’Atlantique, laisser l’illusion des profits alléchants que nous promettent les Cies pétrolières corrompre nos principes, au point d’être prêts à leur vendre notre patrimoine naturel, nos terres, notre Golfe et pourquoi pas nos âmes? Les laisser se remplir les poches, acceptant leur aumône, en gardant les yeux baissés, pour les voir repartir dans quelques années, nous laissant vides de ressources, puisque non renouvelables, celles renouvelables complètement détruites au détriment de l’industrie de courte durée de l’exploitation d’hydrocarbures?

Ou nous tiendrons-nous debout devant ces géants du monopole du pouvoir, en choisissant de nous tourner vers des énergies propres, telles l’eau, le vent et le géothermique — que nous possédons en quantité illimitée — et dont le potentiel énergétique, économique et viable est sans limites? Et ce faisant, choisissant de protéger notre Golfe, nos terres et notre économie (sans parler de notre dignité). Car c’est nous qui avons ce choix. Nous sommes les décideurs. Décidons d’acheter leurs fausses promesses, en tentant d’oublier les conséquences qui en découleront, ou refusons leur offre en leur en suggérant une meilleure : il est déjà prouvé ailleurs dans le monde que les énergies propres n’exigent pas plus d’investissements que les hydrocarbures et qu’ils nourrissent une économie fertile, qui ne cesse de s’améliorer et qui ne connait pas la peur d’atteindre l’épuisement des ressources.

Mélanie Gauthier
Bassin, Îles-de-Ia-Madeleine

(Les références du 5e paragraphe proviennent de l’article du Doctorant Mahamed Chakirou Roufaï, École Doctorale de Paris-Sorbonne, France)

(Les informations du 9e paragraphe proviennent du reportage de l’émission Découvertes, Radio-Canada,17 novembre 2002)

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