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Charpentier

Épinette Blanches

Épinettes blanches attaquées par
le dendroctone de l'épinette en
Nouvelle-Écosse, région du
Cap-Breton. Été 2007.
Photo: Louis Harvey.

À petits pas je me glisse dans un chablis. Le tronc et les branches s’entrelacent les uns dans les autres. Appuyé sur un tronc fendu par l’action du gel, il cède sous mon poids. Ma tête percute le tronc. Le silence m’entoure et j’épie un son en provenance d’une souche, un son semblable aux grincements des dents (coinche coinche). J’empoigne mon couteau et enfonce la lame dans le bois juste au niveau d’un petit trou d’où émerge du bran de scie. Je torsade la lame et soulève la fibre du bois. Voila l’être responsable de ce bruit : un ver charpentier. Il déchiquette la fibre, la broie et s’en nourrit puis creuse des galeries et expulse le tout derrière lui. Il se dirige dans un lieu propice à sa métamorphose peut-être en longicorne, en agrile, en scolyte ou en dendroctone. Des milliers de ses vers colonisent le bois et le transforment dans un seul but, la survie de l’espèce.

Nous devons nous inspirer du travail réalisé par ses organismes qui ne sont pas si loin de la réalité humaine. Les énergies fossiles réduisent notre capacité d’habitat et de survie. La biomasse utilisée par nos vers charpentiers représente une solution à nos besoins énergétiques dans une perspective de développement durable.

L’hiver en Norvège une localité de 40 000 habitants se chauffe avec la biomasse forestière. Cela représente un camion de 25 tonnes toutes les 10 minutes ou 3600 tonnes par jour ce qui donne 432 000 tonnes de biomasses annuelles. À 17 $ la tonne, cela génère un beau total d’un peu plus de 7 millions de dollars de revenu en opération forestière. Pour 13 000 habitants soit la population du Pontiac cela représente plus de 2 millions de dollars. Fonder une économie de l’énergie à partir de la biomasse représente des investissements sociétaires importants échelonnés sur au moins 20 ans d’amortissement. Cette vision d’avenir peut s’exprimer de la façon suivante :

Des branches, des troncs et des arbres entiers de peu de valeur commerciale sont récoltés dans une aire de coupe dans le secteur du lac Clubhouse. Une autre machine ramasse et compresse des branches dans un immense compacteur mobile. Un peu plus loin à quelques kilomètres de là, plusieurs forestières apportent leurs récoltes de matières ligneuses qui passent dans une déchiqueteuse. Par la suite cette masse est compactée et emballée dans une toile de cellulose. Ces ballots sont chargés sur des camions de transport en direction du dépôt principal à quelque 100 kilomètres plus au sud.

Des usines de transformation traitent la matière en granules, en palettes de bois et en éthanol. Tous les organismes communautaires hôpitaux et Centres de services sociaux ont réinvesti dans des systèmes de chauffage au bois de hautes performances venant de la Scandinave. La Municipalité régionale de comté dispense un programme de subvention couvrant 100 % des frais pour l’achat, l’installation et l’entretien des systèmes de chauffage utilisant la biomasse dans les résidences privées et les services publics. Ces systèmes de chauffage produisent peu de polluants aériens. L’économie intérieure de la région bénéficie de cette nouvelle politique énergétique: Contractant forestier, transporteur, électricien et plombier prospèrent et de plus le Pontiac exporte de l’éthanol. La villégiature profite de merveilleux chemins de transport depuis l‘exploitation de la biomasse forestière. Seuls les arbres de dernière qualité sont exploités et tout récemment on commence à prélever de très belles billes de bois pour le déroulage et la marqueterie. La qualité des bois issue de nos forêts est supérieure à celle des états américains. Des règles rigoureuses de sylvicultures et l’utilisation de la biomasse permettent à nos usines de sciage de se développer et de lancer de nouveaux produits dérivés de la forêt. L’Université du Québec a installé une chaire d’étude sur la biomasse et plusieurs chercheurs habitent maintenant la région. Le niveau de vie des habitants s’est amélioré et un centre culturel est né. Une école de foresterie appliquée tient pignon sur rue. La diversité de l’économie régionale dynamise la population et l’exportation de ses produits garantit l’avenir de notre région.

Louis Harvey est technicien forestier.

Source: Pensée Libre, février 2008, vol. 1, no 7, Le Journal du Club des Libres Penseurs du Pontiac.

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