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Colloque produire et consommer autrement ou le meilleur du pire

Environnement

J’ai participé le 19 et 20 octobre au colloque Produire et consommer autrement organisé par Éco Entreprises Québec (EEQ) et Recyc-Québec. L’événement se déroulait à Montréal. Il s’agissait d’un événement où conférenciers et intervenants étaient amenés à penser à produire et consommer autrement afin de réduire notre impact environnemental. Avec un tel thème, il était primordial d’associer producteurs et consommateurs dans un même lieu. Ce fut à la fois la force et la faiblesse du colloque.

Je m’explique sur ce point. Il y avait là 200 participants, plusieurs étaient des gens d’affaires visant la croissance tout en étant plus respectueux de l’environnement et de l’autre, il y avait le consommateur dont certains étaient des activistes environnementaux qui préconisaient une diminution de la consommation et donc visaient la décroissance. Ce n’était pas un dialogue de sourds, mais parfois pas loin.

Ceci étant dit, comme amorce de réflexion et de remise en question, c’était réussi. L’objectif étant ici de réfléchir sur la production et la consommation responsable. L’événement fut aussi l’occasion de reconnaître la contribution de 14 entreprises et organisations qui se démarquent au plan environnemental. Lors d’une cérémonie qui s’est déroulée en présence de la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Madame Line Beauchamp, sept entreprises et organisations ont été honorées pour leurs efforts dans le cadre de l’activité de reconnaissance Contenants, emballages et imprimés plus vert : une réalité, des opportunités! de EEQ.

Les points forts de l’événement furent la conférence d’ouverture de Serge Bouchard, anthropologue, écrivain et communicateur, qui a permis de mesurer le chemin parcouru depuis soixante ans en matière d’hyperconsommation. Nous sommes devenus des contenants, nous même, ce qui n’a pas manqué de faire réagir et réfléchir. Puis, Alain Giguère, président de l’agence de sondages CROP a dévoilé et expliqué les conclusions d’un sondage exclusif pour l’événement où on apprend que les deux tiers des Québécois sont des consommateurs verts ou susceptible de le devenir. Claude Cossette, professeur titulaire de l’Université Laval, a fait une conférence passionnée sur le rôle de la publicité dans l’hyperconsommation aujourd’hui. L’homme était très critique mais pas amer envers la publicité. Son regard était lucide et fort. Travis Bell, président et fondateur de Arthur’s Fresh Company, Smoothies, est venu partager son expérience d’affaires en démontrant qu’il était possible pour toute entreprise, quelle que soit sa taille, de faire des choix écoresponsables.

Un débat entre panelistes est venu conclure le colloque. Étaient présent l’animateur et modérateur Patrick Masbourian avec les participants suivants : André Boisclair ancien chef du PQ, Marie Grégoire, ex députée adéquiste, Benoit Duguay, professeur de l’Université du Québec à Montréal et David Clerk directeur général des éditions Protégez-vous. Le thème de la discussion était la responsabilité des entreprises et des consommateurs : Sommes-nous écoresponsables? Plus ou moins serait la réponse puisque les Québécois sont, par individu, les plus grands producteurs de déchets au Canada tout en s’estimant verts. C’est cette contradiction qui nous reflète bien tant au niveau de nos choix environnementaux que politiques. Vouloir tout et son contraire dans des proportions 50/50.

Dans cette optique, le colloque Produire et consommer autrement a permis d’honorer les meilleurs du pire. Le pire étant cette société capitaliste dans laquelle nous vivons, une société qui constitue ce qui a été inventé de plus néfaste pour l’environnement et qui pousse les individus à consommer toujours et davantage. Tout ça au nom de la croissance économique. Mais ne jetons pas la pierre aux entreprises car les citoyens sont des consommateurs et nous sommes responsables de nos choix même si la publicité, payée par les entreprises nous y incite. Nous faisons des choix de consommation. .

Un exemple apporté par André Boisclair était éloquent à ce sujet. Les Québécois sont majoritairement en faveur de la ferme familiale, de l’agriculture bio et de l’élevage respectueux des animaux en extérieur. Mais en même temps, les Québécois veulent payer le moins cher possible pour leur épicerie quitte à ce que cela veuille dire encourager l’agriculture industrielle où les pesticides règnent en maîtres. Il y a là une contradiction avec laquelle il est difficile de composer lorsque l’on est un décideur, une organisation ou une entreprise.

Tant que nous vivrons nous consommerons, mais il faudra consommer différemment et assurer une décroissance viable. Le mot terrible était lancé qui ne faisait pas l’affaire des gens d’affaires. Afin de ménager certaines sensibilités, le mot de la fin pour monsieur et madame tout le monde étant, lorsque je m’achète quelque chose, je dois me poser la question suivante : en ai-je vraiment besoin?

Comme on le constate, il y a du chemin à faire. Mais pour s’engager sur ce chemin, il est primordial que cela se fasse conjointement avec tous les acteurs de la société. À n’en point douter, il s’agissait là d’un premier pas prometteur.

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