La Vie rurale / Articles / Écologie / Mythes et réalités sur l’eau au Québec

Mythes et réalités sur l’eau au Québec

Capitale-Nationale

Au premier plan, Mel Cappe président de l'IRPP, suivi de Frédéric Lasserre , professeur à l'Université Laval, Alexandre Brun, géographe, et René Drolet de la TRNEE

Source image : La Vie Rurale

L’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) organisait un déjeuner-causerie au Château Frontenac à Québec, dans la Capitale-Nationale, le 19 janvier. Le thème était le suivant : Politiques québécoises de l’eau : ambitions et réalité. Le présentateur, Mel Cappe, président de l’IRPP et, entre autre fonctions d’une longue feuille de route, ancien sous-ministre de l’environnement du Canada, présentait trois panélistes experts en politiques sur l’eau au Québec. Il y avait Alexandre Brun, géographe chargé de projet au CNRS de Montpellier et chercheur invité à l’Université Laval, Frédéric Lasserre, professeur de géographie à l’Université Laval et René Drolet, directeur des politiques et de la recherche à la Table ronde nationale sur l’environnement et l’Économie (TRNEE).

Le premier panéliste à prendre parole fut Frédéric Lasserre dont le propos concernait les Transferts massifs d’eau au Canada : entre mythe et réalité. L’auditoire a été étonné d’apprendre que même si des transferts massifs existent déjà entre le Canada et les Étas-Unis, force est de constater que les Américains ne cherchent pas à exploiter notre eau mais plutôt à contrôler leur consommation. La catastrophe de pénurie d’eau annoncée dès les années soixante pour le nouveau millénaire ne se sont pas concrétisée fort heureusement. Pour l’instant, aucun projet n’est à l’étude entre les deux pays. La diminution de la consommation et la pérennité de la ressource priment sur d’hypothétiques projets d’exportations massives d’eau du Canada. Seuls de graves changements climatiques pourraient changer les données et pour l’instant, à court ou moyen terme, il est difficile de prévoir quoi que ce soit. Alors les mythes comme quoi les Américains convoitent notre eau et seraient même prêt à la prendre unilatéralement ne sont que des peurs irraisonnées qui ne se basent sur rien. Frédéric Lasserre a écrit un livre intitulé Transferts massifs d’eau au Canada : entre mythe et réalité.

Alexandre Brun a ensuite parlé du cas du Québec dans l’approche par bassin versant. Pour le panéliste, il est intéressant de se questionner sur cette approche des OSBL qui s’occupent des bassins versant. Ce sont des organisations de peu de moyens tant financier que juridiques, qui ont de trop grandes responsabilités pour les outils dont ils disposent. Pour Monsieur Brun, qui est Français, la France n’est pas plus un modèle à suivre en matière de politiques sur l’eau puisqu’au niveau de la communauté européenne, elle se classe en avant-dernière place dans ce domaine après la Grèce. L’important et le plus urgent au Québec, serait de se remettre en question, envisager le transfert de responsabilité des bassins versant vers, peut-être, les municipalités. À titre d’exemple, la revitalisation de la rivière St-Charles à Québec, depuis les années quatre-vingts, démontre l’efficacité d’une municipalité dans ce genre de dossier contrairement à un OSBL. Sans dénigrer les OSBL sur les bassins versants, dont certains représentants étaient dans la salle, il semble qu’il y ait une certaine faiblesse structurelle et budgétaire lorsqu’on parle de politiques québécoises de l’eau. Alexandre Brun est l’auteur d’un livre intitulé L’approche par bassin versant : le cas du Québec.

Le dernier panéliste était René Drolet qui présenta la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (TRNEE). Cette instance donne son avis et ses recommandations en matière de développement durable en faisant leurs travaux de façon indépendante. Pour le conférencier, l’eau ne doit pas être gérée en isolation des autres enjeux. Il faut cesser de développer des politiques en silo et envisager la problématique de l’eau d’un point de vue beaucoup plus global. Son intervention faisait consensus.

Lors de la période des questions, c’est l’intervention d’Alexandre Brun qui suscita les débats les plus intéressants. Son constat sur l’état de la situation par rapport à une politique sur l’eau au Québec que ce soit l’eau de surface ou l’eau souterraine, a illustré nos lacunes. Mais où prendre exemple? Pas au niveau de la France en tout cas, mais plutôt de l’Union Européenne, a suggéré le géographe. Cette instance s’est doté d’outils de mesure et de sanction relativement efficace contre les pays délinquants en matière de politiques sur l’eau. Le Canada et le Québec auraient avantage à s’en inspirer. Ce qui manque aux OSBL sur les bassins versant, si l’on reprend l’image de la carotte et du bâton, c’est le bâton.

L’événement a été rendu possible grâce à l’appui financier de la Walter et Duncan Gordon Foundation, du Réseau canadien de l’eau et de la Banque de Montréal.

Le déjeuner-causerie faisait abondamment référence à la revue Options politiques de juillet et août 2009. Pour plus d’informations : options@irpp.org.

Pour de plus amples informations sur l'IRPP : http://www.irpp.org/fr/index.htm

Commentaires